Sine Saloum
180 000 hectares de mangroves et de bolongs habités par les Sérères Niominka, à parcourir en pirogue depuis Ndangane ou Toubacouta entre novembre et mai.
Le delta du Saloum s'étend sur 180 000 hectares au sud de la Petite Côte, là où trois fleuves, le Saloum, le Diomboss et le Bandiala, se rejoignent avant de se perdre dans l'Atlantique. Classé réserve de biosphère par l'UNESCO depuis 1981 et parc national pour sa partie centrale, ce labyrinthe de bolongs (bras d'eau saumâtre), de tannes salées et d'îlots de mangrove abrite plus de 200 villages, dont la majorité ne sont accessibles qu'en pirogue. Depuis notre agence à Dakar, nous y conduisons régulièrement nos voyageurs par la route via Mbour et Fatick, comptez trois heures jusqu'à Ndangane ou quatre heures jusqu'à Toubacouta.
La population du delta est principalement sérère, et plus précisément sérère Niominka sur les îles. Pêcheurs, ostréiculteurs, riziculteurs de bas-fonds, ils ont développé une culture amphibie où la pirogue remplace la voiture, où l'on lit les marées comme un calendrier et où les amas coquilliers, ces collines blanches faites de coquilles d'huîtres et d'arches accumulées sur plus de mille ans, servent à la fois de cimetières, de fondations de villages et de sites archéologiques. L'île de Joal-Fadiouth, reliée à la terre par une passerelle en bois, en offre l'exemple le plus accessible avec son cimetière mixte chrétiens-musulmans posé sur les coquillages.
Le paysage change d'heure en heure avec la marée. À marée basse, les pieds aériens des palétuviers rouges (Rhizophora) découvrent leurs racines couvertes d'huîtres de palétuvier, ramassées par les femmes à la machette. À marée haute, les bolongs deviennent navigables jusqu'au cœur des villages. Cette dynamique nourrit une avifaune remarquable, c'est ici que l'on observe pélicans blancs, flamants nains, sternes royales, aigrettes garzettes et martins-pêcheurs pie. L'île aux Oiseaux, près de Toubacouta, accueille en saison sèche une colonie nicheuse spectaculaire de plusieurs milliers d'individus.
Côté table, la cuisine du delta s'organise autour du poisson et du riz. Le yet (mollusque fermenté) et le guedj (poisson séché) parfument le tiep bou dien, le yassa au poisson grillé remplace ici la version au poulet, et les huîtres de palétuvier se dégustent fumées ou en sauce. Les lodges où nous logeons nos voyageurs, souvent une dizaine de cases discrètes posées en bord de bolong à Mar Lodj, Palmarin ou Toubacouta, servent ce répertoire avec le poisson pêché du matin. Les soirées se terminent fréquemment autour d'un thé attaya, parfois ponctuées d'une démonstration de lutte traditionnelle dans les villages proches.
Le delta présente deux portes d'entrée distinctes. Au nord, Ndangane et l'île de Mar Lodj offrent un Saloum plus intimiste, avec des villages sérères paisibles et de courtes traversées en pirogue. Au sud, Toubacouta et Missirah, en lisière du parc national, donnent accès aux bolongs les plus larges, à l'île aux Coquillages de Dioron Boumak et à la frontière gambienne toute proche. Palmarin, sur la langue de sable côtière, ajoute une dimension océanique avec ses lagunes à hyènes tachetées et ses plages quasi désertes.
Ce que nous apprécions dans cette région, c'est sa lenteur assumée. On ne coche pas des sites, on glisse en pirogue, on attend la marée, on partage un repas dans une famille de Dionewar ou Niodior. Le delta convient à qui sait ralentir, observer, écouter le silence rompu par le cri d'un balbuzard pêcheur.
À découvrir
Pirogue dans les bolongs de Toubacouta. Sortie de 3 à 5 heures dans les chenaux de mangrove du parc national, avec arrêt à l'île aux Oiseaux au coucher du soleil quand les colonies de pélicans et cormorans rentrent au dortoir.
Île de Mar Lodj. Île sérère accessible en 15 minutes de pirogue depuis Ndangane, parcourue à pied ou en charrette entre baobabs, rizières et villages catholiques-musulmans-animistes vivant côte à côte.
Amas coquilliers de Dioron Boumak. Collines artificielles formées par mille ans d'accumulation d'huîtres, plantées de baobabs centenaires. Le site sert aussi de sépulture traditionnelle aux notables Niominka.
Lagune aux hyènes de Palmarin. Sortie en 4x4 en fin de journée dans la réserve communautaire de Palmarin pour observer hyènes tachetées, phacochères et antilopes dans un paysage de tannes et de palmiers ronier.
Joal-Fadiouth, l'île aux coquillages. Village construit entièrement sur les coquillages, relié par un pont en bois de 400 mètres. Son cimetière mixte chrétien et musulman, posé sur un îlot voisin, est sans équivalent au Sénégal.
Quand y aller
La meilleure période pour visiter le Saloum s'étend de novembre à mai, pendant la saison sèche. Les températures diurnes oscillent entre 26 et 32 °C, les nuits sont fraîches en décembre-janvier (descentes à 18-20 °C en bord d'eau), et l'alizé maritime tempère les après-midi. C'est aussi la saison des oiseaux migrateurs paléarctiques, avec un pic d'observation entre décembre et mars. Les sorties en pirogue se font dans un confort optimal, sans pluie et avec une eau claire.
De juin à octobre, la saison des pluies (hivernage) apporte 600 à 800 mm de précipitations concentrées sur quelques épisodes orageux, souvent en fin d'après-midi. Les températures montent à 33-35 °C avec une humidité forte, et les moustiques sont plus présents. Certains lodges ferment en août-septembre. En contrepartie, le delta vire au vert intense, les rizières se remplissent et la lumière d'orage offre une autre lecture du paysage. Nous déconseillons toutefois cette saison aux primo-visiteurs.
Conseils pratiques
Nous recommandons 2 à 3 nuits dans le delta pour saisir son rythme : une journée pleine en pirogue avec déjeuner sur une île, une demi-journée de découverte villageoise à pied ou en charrette, et du temps libre au lodge. Une nuit seule donne une frustration, au-delà de 4 nuits, le risque de répétition existe sauf si vous combinez les deux entrées du delta (Ndangane au nord et Toubacouta au sud, séparées par 1h30 de route via Fatick). Le delta n'a pas d'aéroport propre, l'accès se fait par la route depuis Dakar (3 à 4 heures) ou depuis l'aéroport AIBD de Diass (2h30 à 3h).
La région se combine bien avec la Petite Côte juste au nord pour ajouter une dimension balnéaire, avec la Casamance plus au sud en passant par la Gambie ou par avion intérieur depuis Dakar vers Cap Skirring, et avec Saint-Louis pour un circuit nord-sud complet sur 12 à 15 jours. Le confort des lodges va du campement écotouristique à des établissements plus aboutis de type 3 étoiles, sans grand luxe mais avec un vrai cachet local. Le Saloum convient particulièrement aux contemplatifs, aux ornithologues, aux pêcheurs sportifs (carangues, barracudas) et aux familles avec enfants à partir de 6-7 ans, qui apprécieront les sorties en pirogue et la vie de village. Les randonneurs et amateurs de reliefs trouveront plus leur compte dans le pays Bassari.