Saint-Louis et le Nord

Ancienne capitale coloniale sur une île entre fleuve et océan, Saint-Louis ouvre sur le delta du Djoudj et la vallée du fleuve Sénégal, dans une lumière douce de novembre à mars.

Saint-Louis du Sénégal, fondée en 1659 par les marchands français à l'embouchure du fleuve, occupe une île de deux kilomètres de long reliée au continent par le pont Faidherbe, structure métallique de 507 mètres inaugurée en 1897. La ville fut capitale de l'Afrique Occidentale Française jusqu'en 1902, puis du Sénégal et de la Mauritanie jusqu'en 1957. Ce passé administratif a laissé un tissu urbain dense de maisons à patio, balcons de bois et façades ocre, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2000. Le quartier sud de l'île concentre les anciennes demeures de signares, ces femmes métisses qui dominaient le commerce au XVIIIe siècle.

Le caractère de la région tient à sa géographie singulière : trois bandes parallèles séparées par l'eau. Le continent à l'est, l'île historique au centre, puis la langue de Barbarie, cordon dunaire de trente kilomètres qui sépare le fleuve Sénégal de l'océan Atlantique. Le quartier de pêcheurs de Guet Ndar, posé sur cette langue de sable, concentre près de 25 000 habitants au kilomètre carré. Les pirogues colorées y rentrent en fin d'après-midi, et le tri du poisson sur la plage rythme la vie locale. La pression démographique et l'érosion côtière fragilisent cette bande de sable, plusieurs maisons ont été englouties ces dernières années.

Au nord de Saint-Louis, le parc national des oiseaux du Djoudj couvre 16 000 hectares de plaines inondées dans le delta du fleuve. Troisième réserve ornithologique au monde, il accueille trois millions d'oiseaux migrateurs entre novembre et avril. En pirogue à moteur, on approche les colonies de pélicans blancs nichant sur les îlots, les flamants nains, hérons goliath, cormorans africains et anhingas. Une sortie de trois heures depuis le poste d'accueil suffit à traverser les principaux marigots. À l'opposé, le parc de la langue de Barbarie protège la zone d'embouchure, où le fleuve a vu son cours bouleversé en 2003 par l'ouverture d'une brèche destinée à éviter une crue, brèche qui s'est élargie jusqu'à plusieurs kilomètres.

Au-delà de Saint-Louis, le Nord sénégalais s'étire vers la vallée du fleuve. La route de Richard-Toll, à 100 km, traverse les rizières et la zone sucrière de la Compagnie Sucrière Sénégalaise. Plus loin, Podor et l'île à Morphil concentrent les villages toucouleurs et peuls le long du fleuve, frontière naturelle avec la Mauritanie. À l'est, le Ferlo, vaste zone sahélienne semi-désertique, abrite l'élevage peul et la réserve de Katané où ont été réintroduites des oryx algazelles et des gazelles dama. La région de Louga, au sud, sert de transition vers les terres wolof et le bassin arachidier.

La culture saint-louisienne repose sur un brassage particulier : héritage wolof, présence peule, mémoire signare et empreinte française. Le festival international de jazz de Saint-Louis, créé en 1993, transforme la ville chaque mois de mai pendant quatre à cinq jours, avec scènes payantes place Faidherbe et concerts gratuits dans les quartiers. La cuisine locale tourne autour du thieboudienne, plat national à base de riz, poisson et légumes, dont les Saint-Louisiens revendiquent la paternité. Le yassa au poulet ou au poisson, mariné au citron et aux oignons, est l'autre marqueur culinaire. Les calèches tirées par des chevaux restent un mode de circulation courant dans l'île historique, où les rues étroites se prêtent peu à la voiture.

Le climat est plus clément qu'à Dakar grâce à l'alizé maritime. Les températures restent comprises entre 17 et 28 °C de novembre à mars, avec une humidité supportable. C'est cette douceur, combinée à la lumière rasante du delta et au rythme lent de la ville, qui définit l'ambiance de Saint-Louis : une cité fluviale plus que balnéaire, à parcourir à pied entre le pont Faidherbe et la cathédrale.

À découvrir

L'île historique à pied ou en calèche. Trois heures de déambulation entre la cathédrale de 1828, la place Faidherbe et les maisons à patio du quartier sud, avec halte au musée de la photographie installé dans une ancienne demeure de signare.

Sortie en pirogue au Djoudj. Au lever du jour entre décembre et février, navigation lente parmi les colonies de pélicans blancs et les radeaux de flamants nains, à 60 km au nord de Saint-Louis.

Guet Ndar à l'heure du retour des pirogues. Vers 16h, observation du débarquement et du tri du poisson sur la plage de la langue de Barbarie, dans le quartier de pêcheurs le plus dense du pays.

Festival de jazz en mai. Quatre jours de concerts mêlant musiciens sénégalais et invités internationaux, scènes officielles place Faidherbe et performances spontanées dans les cours et les bars de l'île.

Remontée vers Podor et l'île à Morphil. Trois heures de route le long du fleuve, villages toucouleurs aux mosquées de terre, fort de Podor restauré et embarcation sur le Bou el Mogdad, ancien bateau de poste fluvial.

Quand y aller

La meilleure période s'étend de novembre à début mars. Les températures oscillent entre 17 et 20 °C la nuit et 26 à 28 °C l'après-midi, l'alizé du nord rend les journées sèches et lumineuses. C'est aussi la saison de présence des migrateurs au Djoudj, qui culmine de mi-décembre à fin février. Avril et mai marquent une montée des températures vers 32 à 34 °C, encore tenables sur la côte, et coïncident avec le festival de jazz début mai.

De juin à octobre, l'hivernage apporte chaleur lourde, 30 à 35 °C avec humidité élevée, et des pluies concentrées sur août et septembre, autour de 250 mm cumulés sur deux mois. Les pistes du Djoudj deviennent difficiles et le parc ferme partiellement. Le harmattan, vent sec chargé de sable, peut réduire la visibilité de fin décembre à février, surtout dans la vallée du fleuve vers Podor, sans gêner pour autant la visite de Saint-Louis.

Conseils pratiques

Comptez trois jours pleins pour Saint-Louis et ses environs : une journée pour l'île et Guet Ndar, une journée au Djoudj, une demi-journée sur la langue de Barbarie ou dans un village du continent. Pour intégrer Podor et la vallée du fleuve, prévoyez deux jours supplémentaires, les distances étant longues sur des routes parfois dégradées. L'accès se fait par la route depuis Dakar, 270 km soit quatre à cinq heures via l'autoroute Ila Touba puis la nationale, ou par vol intérieur depuis l'aéroport AIBD vers la piste de Saint-Louis lorsque les rotations sont assurées.

La région se combine bien avec le désert de Lompoul, à 1h30 au sud, pour une nuit en bivouac dunaire, puis avec Dakar et la Petite Côte pour boucler un circuit nord. Une extension vers le Sine Saloum allonge logiquement le trajet vers le sud. Le confort hôtelier à Saint-Louis va de la maison d'hôtes de caractère dans l'île aux lodges de la langue de Barbarie. La destination convient aux voyageurs contemplatifs, aux amateurs d'architecture coloniale, aux ornithologues et aux familles cherchant un rythme lent, moins aux profils en quête de plages animées ou de vie nocturne dense.

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