Pays Bassari et Sénégal oriental

À l'extrême sud-est du pays, le pays Bassari classé UNESCO réunit villages bedik perchés, parc du Niokolo-Koba et cascades de Dindéfélo, au pied du Fouta-Djalon.

Le Sénégal oriental commence après Tambacounda, à environ sept heures de route de Dakar par la nationale N1. La région change : les baobabs cèdent la place aux fromagers et aux nérés, le relief monte progressivement vers les contreforts du Fouta-Djalon guinéen, et l'on aperçoit les premières collines latéritiques autour de Kédougou, chef-lieu du département. C'est la partie la moins peuplée et la plus chaude du pays, traversée par la Gambie et ses affluents, la Falémé à la frontière malienne, le Niériko au nord.

Le pays Bassari, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2012, regroupe trois communautés installées sur ce piémont : les Bassari autour de Salémata et Ethiolo, les Bedik dans les villages d'Iwol, Andiel et Bandafassi perchés sur leurs buttes rocheuses, et les Peul Bandé dans la plaine. Chacune a conservé une organisation sociale, une langue et des rites d'initiation distincts. Chez les Bassari, les cérémonies de passage des classes d'âge ont lieu en mai-juin, avec danses masquées et combats rituels. Chez les Bedik, l'habitat en cases rondes coiffées de chaume, serrées autour d'un fromager central, témoigne d'une implantation ancienne sur des sites défensifs.

L'accès aux villages se fait à pied, depuis la piste. Iwol se gagne en quarante minutes de marche depuis Bandafassi, sur un sentier caillouteux qui grimpe d'environ 150 mètres. Andiel demande une heure, avec une vue qui s'ouvre sur la plaine et, par temps clair, sur les premiers reliefs guinéens. Ces marches se font tôt le matin, avant que la chaleur ne devienne difficile. Sur place, on visite avec un guide du village, on partage souvent un repas de riz au mafé ou de mil pilé, et l'on repart sans bousculer le rythme du lieu.

Le parc national du Niokolo-Koba, créé en 1954, couvre 9 130 km² entre Tambacounda et Kédougou, c'est la plus grande aire protégée du Sénégal. La faune y est discrète, marquée par des décennies de braconnage : on y observe encore des hippotragues (l'antilope rouanne), des cobes de Buffon, des phacochères, des babouins, et des hippopotames dans les bras de la Gambie, notamment depuis le mirador de Simenti. Lions et éléphants subsistent en effectifs très réduits, les chances d'observation sont faibles. C'est un parc pour qui aime les ambiances de brousse soudanienne, les forêts-galeries et les longues pistes, pas pour qui cherche la densité animale de l'Afrique de l'Est.

Autour de Kédougou, plusieurs sites complètent la région : les cascades de Dindéfélo, au pied d'une falaise de 100 mètres dans une forêt-galerie où vivent des chimpanzés, le village de Dande pour la baignade dans la Gambie, les anciens sites d'orpaillage de la Falémé encore exploités artisanalement par les villages. La cuisine locale s'appuie sur le fonio, céréale de la région, le tô de mil, et les fruits du baobab et du néré pour les sauces. Les marchés hebdomadaires, à Bandafassi le jeudi ou à Salémata, sont des points de rencontre entre les communautés et restent peu fréquentés par les voyageurs.

Kédougou est à dix heures de route de Dakar via Tambacounda, ou une heure de vol jusqu'à Tambacounda puis trois heures de piste. La route s'est nettement améliorée ces dernières années mais reste longue. C'est une région qui se mérite, et qui récompense ceux qui acceptent d'allonger leur itinéraire.

À découvrir

Villages bedik d'Iwol et Andiel. Montée à pied sur des sentiers caillouteux jusqu'aux hameaux perchés, cases rondes serrées autour du fromager sacré, accueil par les habitants qui expliquent leur organisation clanique.

Cascades de Dindéfélo. Chute de 100 mètres au pied d'une falaise gréseuse marquant la frontière guinéenne, accessible après vingt minutes de marche dans une forêt-galerie habitée par des chimpanzés.

Niokolo-Koba en saison sèche. Pistes du parc entre Dar Salam et Simenti, observation des hippopotames depuis les berges de la Gambie et des antilopes rouannes dans les clairières, ambiance de brousse soudanienne.

Initiations bassari de mai-juin. Cérémonies de passage des classes d'âge à Ethiolo et Salémata, danses masquées et combats rituels qui ne se montrent qu'à cette période précise de l'année.

Orpaillage traditionnel sur la Falémé. Visite des sites d'orpaillage artisanal le long de la rivière frontière avec le Mali, autour de Kédougou, où les techniques au tamis se transmettent depuis des générations.

Quand y aller

La saison à privilégier va de décembre à février. Les températures diurnes oscillent alors entre 30 et 33 °C, les nuits descendent à 16-18 °C autour de Kédougou, ce qui rend les marches dans les villages bedik confortables. C'est aussi la période où la végétation reste verte après l'hivernage, où les pistes du Niokolo-Koba sont praticables et où les points d'eau concentrent la faune.

De mars à mai, la chaleur monte fortement, on relève régulièrement 40 à 42 °C en avril à Kédougou, et les randonnées deviennent éprouvantes en milieu de journée. De juin à octobre, l'hivernage apporte des pluies abondantes (800 à 1 200 mm sur la saison, les plus fortes du pays), de nombreuses pistes sont coupées, le Niokolo-Koba ferme partiellement ses circuits, et les rivières gonflent. Cette période reste pertinente uniquement pour assister aux initiations bassari de mai-juin, en début de saison humide.

Conseils pratiques

Nous recommandons un minimum de quatre à cinq jours sur place, hors trajet : une journée pour rejoindre Kédougou depuis Tambacounda, deux à trois jours pour les villages bassari et bedik (Iwol, Andiel, Bandafassi, Ethiolo), une journée pour Dindéfélo. Si vous ajoutez le Niokolo-Koba, comptez deux jours supplémentaires avec une nuit au campement de Simenti. L'accès se fait par la route depuis Dakar (deux jours avec étape à Tambacounda) ou par vol intérieur jusqu'à Tambacounda puis 235 km de piste goudronnée jusqu'à Kédougou.

L'hébergement reste simple : campements en cases, lodges tenus par des associations villageoises, eau parfois rationnée, électricité solaire. Cette région s'adresse aux voyageurs qui acceptent un confort modeste en échange d'une rencontre humaine dense et de paysages peu fréquentés. Elle se combine bien avec un retour par la Casamance via le sud-est (route longue mais possible en saison sèche), ou plus classiquement avec le Sine Saloum et Dakar pour boucler un circuit de quinze à dix-huit jours. Notre équipe à Dakar organise les liaisons, les guides locaux Bedik ou Bassari, et les autorisations parc lorsque nécessaire.

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